Solidarité internationaleService civique international

Expérimentation d’un « Service civique à l’international »

Fin 2017, le Fonjep a lancé une expérimentation pour inciter des associations d’éducation populaire qui ne le font pas encore à ouvrir à leurs publics bénéficiaires des opportunités de mobilité à l’international. Ce travail s’est basé sur un constat : les dispositifs de mobilité sont investis par des structures déjà informées, et il faut intéresser d’autres associations pour ouvrir ces dispositifs à de nouveaux publics. L’expérimentation d’un service civique à l’international doit donc permettre à ces associations de développer un savoir-faire sur la préparation au départ de jeunes vers l’étranger.

Un appel à propositions a été lancé pour financer 30 missions de service civique à l’international d’une durée de 6 mois en 2018 et 2019. Ces missions portent sur des actions de développement, de solidarité internationale, de soutien à la jeunesse, d’éducation populaire, dans des pays européens ou bénéficiaires de l’aide publique au développement.

En pratique

Bénéficiaires de l’expérimentation

Les bénéficiaires de l’expérimentation service civique international sont exclusivement les organisations non gouvernementales françaises. Dans une volonté de renforcement de capacités, le Fonjep a destiné cette expérimentation :

  • aux associations JEP ayant peu ou pas d’expérience dans le domaine du volontariat à l’international et ayant le souhait de développer ces missions
  • aux réseaux, collectifs, et associations têtes de réseaux ayant la capacité d’encadrer des associations JEP pouvant bénéficier de l’expérimentation.

 

Les aides

Les aides proposées par le Fonjep dans le cadre de l’expérimentation concernent les différentes phases de préparation, réalisation de la mission et retour en France :

  • Financer une formation au départ complète d’une durée de 6 jours (formation culturelle et base linguistique, briefing avant mission) qui viendra compléter la formation civique et citoyenne obligatoire pour toute mission de service civique ;
  • Financer une aide complémentaire à l’aide octroyée par l’Agence du Service civique, au soutien à l’accompagnement de 75 € par mois par service civique, qui permettrait à l’association et son tuteur d’assurer les échanges avec l’accompagnateur dans la structure d’accueil, le volontaire, et éventuellement de réaliser une mission sur le terrain pour renforcer les liens avec les partenaires ;
  • Financer une session d’appui au retour et à la réinsertion professionnelle, d’une durée de 2 jours, en fin de mission ;
  • Financer une aide complémentaire pour le trajet aller-retour vers le lieu de mission (1000 € maximum par volontaire) et une aide complémentaire pour l’hébergement (600 € par volontaire, soit 100 € par mois) en complément de l’indemnité de service civique.
La formation au départ

La première "formation au départ" organisée dans le cadre de l’expérimentation sur le Service civique à l’international (SCI) s’est déroulée à Paris du 21 au 25 janvier 2019. Elle avait pour but d’informer les jeunes mobilisés et les responsables qui les encadrent à mieux comprendre les enjeux relatifs à l’engagement. Pendant cinq jours, des experts associatifs et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sont intervenus. Leurs apports ont été complétés par des témoignages d’anciens volontaires.

Le programme était le suivant :

 

Lundi 21 janvier

  • Présentation de l’équipe du Fonjep ; Présentation d’un Espace Volontariats avec la présence de Madame Gaia Sangiorgi, représentante nationale de France Volontaires au Pérou et première réflexion sur « Mon projet d’engagement et de volontariat ».
  • Activités : Elles se sont concentrées sur l’histoire du secteur de l’humanitaire et les inégalités mondiales afin de pouvoir se situer clairement dans un secteur spécifique ; comprendre le volontariat qui est une démarche éducative inscrite dans la durée.

 

Mardi 22 janvier 

  • Thème : « La multiplicité de nos représentations ».
  • Intervention d’Anne DE REKENEIRE, directrice de Romans International.
  • Activités : qu’est-ce que la culture à travers une ébauche réflexive ; les différents obstacles mentaux à la communication interculturelle, du stéréotype à la discrimination et autres obstacles à la communication.

 

Mercredi 23 janvier 

  • Thème : « Clés d’analyse de situations dans un contexte de relations interculturelles ».
  • Intervention d’Amélie Grimand, chargée de mobilité internationale chez Romans International et de Bérénice Layet, ancienne VSI au Sénégal
  • Activités : approche culturelle avec la grille des 7 clés de l’interculturel tout en reconnaissant les limites de cette grille de lecture et proposition d’autres clés d’analyse.

 

Jeudi 24 janvier 

  • Thème : « Droits et devoirs des volontaires : mon contrat en SCI »
  • Intervention de Célia Ruiz, ancienne SCI du projet des ambassadeurs de l’engagement des citoyens à l’international de France Volontaires, mission en service civique en Équateur.
  • Intervention du Fonjep autour des questions relatives à la sécurité en mission et de Fabiola Rivas, chargée de mission pour le développement de l’Agence du Service civique.
  • Visite de l’Ambassade de l’Équateur, accueil par Andrea Moscoso, Deuxième Secrétaire et attachée de Coopération de l’Ambassade de l’Équateur qui a procédé à une présentation du pays.

 

Vendredi 25 janvier 

  • Bilan de — la formation et relecture de la lettre concernant l’échange sur les attentes/craintes relatives aux missions.
  • Participation du pôle volontariat du MEAE (Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères).
  • Après réflexion et vote, les volontaires ont choisi un nom symbolique pour ce projet : « Engagement citoyen et solidarité à l’international ».
Les premières associations bénéficiaires de l’expérimentation

Trois associations ont été retenues pour cette expérimentation du SCI : le Centre social de Belencontre, Peupl'en Harmonie et Romans International en collaboration avec la mission locale d’Aubenas. Ces trois associations ont été respectivement représentées par Benjamin Cailleret, Amélie Grimand et Joséphine Jean qui suivent et accompagnent les jeunes, l’objectif étant de monter en compétences. Cette première vague de l’expérimentation concerne 9 volontaires pour des missions au Sénégal, au Pérou et en Équateur.

Le Centre social de Belencontre
Le centre social de Belencontre et des Phalempins est un lieu d’animation de la vie sociale. Il prend en compte l’expression des demandes et des initiatives des usagers et des habitants et favorise le développement de la vie associative. Il dispose d’un équipement de quartier à vocation sociale globale, ouvert à l’ensemble de la population habitant à proximité, offrant accueil, animation, activités et services à finalité sociale. Compte tenu de son action généraliste et innovante, concertée et négociée, le centre social contribue au développement du partenariat. Le centre social de Belencontre et des Phalempins envoie deux volontaires,  Corentin et Lucas au Sénégal durant quatre mois cofinancé par le Fonjep dans le cadre expérimental du service civique à l’international.

Peupl'en Harmonie
Peupl’en Harmonie est une association guyanaise qui œuvre pour le développement local et touristique des villages, les échanges interculturels et l’engagement solidaire des jeunes en Guyane et à l’international. Peupl’en Harmonie considère que « la rencontre et l’échange de l’Autre sont vecteurs de valorisation identitaire et de cohésion sociale ».
Dans le cadre de son dispositif Volontariat, échanges et solidarité internationale (VESI), l'association a permis à Wilan et Nestor de partir faire un volontariat de 6 mois au Pérou et a reçu le co-financement du projet expérimental de Service civique à l’international du Fonjep.  Les jeunes volontaires collaborent avec l'association péruvienne El Champal dans le domaine de l'agriculture écologique. Sur place, ils sont suivis par l’Espace Volontariats au Pérou de France Volontaires.

Romans International en collaboration avec la mission locale d’Aubenas
Créée en 1997, Romans International participe au rapprochement et à l’amitié entre les peuples en contribuant au vivre ensemble et au lien social par l’éducation à la citoyenneté internationale. Ancrée dans les principes d’action de l’éducation populaire, l’association agit dans le champ des relations interculturelles, de la lutte contre les discriminations, de l’insertion sociale et de la mobilité internationale.
La mission locale d’Aubenas est un espace d'intervention au service des jeunes 16 - 25 ans ou chaque jeune accueilli bénéficie d'un suivi personnalisé. Cette collaboration avec Fonjep dans le cadre expérimental du service civique à l’international a permis l’envoi de deux jeunes volontaires, Matthias et Émilie en Équateur pour une durée de 4 mois et demi.

[Témoignage] Émilie et Mathias, volontaires en Service civique international en Équateur

Émilie Rodier (22 ans) et Matthias Peiffer (23 ans) sont accompagnés par la mission locale d’Aubenas et par Romans International. Ils réalisent leur mission de Service civique en Équateur. Sur place ils sont suivis par l’Espace Volontariats de France Volontaires.

Émilie Rodier

Est-ce que tu peux te présenter ?
Je m’appelle Émilie Rodier et je suis actuellement volontaire pour le Service civique à l’international.  Ce choix résulte du fait que je n’ai pas terminé l’Université et que je ne savais pas vers quoi m’orienter ce qui explique mon choix d’engagement SCI pour la mission locale par le biais de Roman International.

Quelle est la date de retour prévue ?
Le 8 août 2019

Est-ce que tu peux présenter l’objectif de ta mission ?
Aider les professeurs dans leurs travaux. Le lundi, les élèves sont répartis selon leurs activités. Ceux qui restent dans la classe font avec moi des puzzles, dessins ou bien assistent aux cours (maths, environnement, littérature). Ensuite on va au jardin de l’association avec la professeure et 4 élèves de différents groupes. A 13h00, je sers les repas avec d’autres volontaires.
Le lundi et mercredi de 14h00 à 16h30,  je m’occupe de deux élèves. Je leurs apprend à se maquiller, on fait des mandalas. En fonction du temps disponible on peut sortir dans la cour de récréation pour jouer au foot. En général on se retrouve avec les autres volontaires de l’école, qui ont eux aussi 2 élèves, pour faire des activités ensemble. Le mardi et le mercredi je fais des cours et des activités. Le jeudi, je suis en « salle de déshydratation ». Avec 3 élèves on coupe des fruits afin de les déshydrater pour les vendre et en faire du thé. Le vendredi c’est une journée plutôt calme, on regarde un film et je finis à 13h00.

Qu’est-ce que ce projet t’a permis de découvrir ? 
Ce projet m'a permis de découvrir un nouveau pays et tout ce que cela implique. D’avoir un autre regard sur mon propre pays. Dès le premier jour, j’ai été bien accueillie et je sais que je peux compter sur mon référent et sur toute l’équipe de Sinamune, qui a tout fait pour que je puisse comprendre et m’intégrer. Il y a aussi le fait d’avoir une semaine de cours d’Espagnol ce qui est parfait car cela m’a aidé à découvrir la ville et son système particulier de transport et de créer du lien avec les gens de l’association plus rapidement.

Quels sont tes impressions sur cette mission ?
Mes impressions sur cette mission sont très positives à savoir incroyable et fascinante. Cependant, les conditions de travail sont différentes ce qui ne nuit pas à l’attrait de la mission qui reste enrichissante et intéressante.

Quels sont les points positifs et négatifs d’après toi ?
Les points positifs sont les suivants : une bonne équipe, une excellente nourriture, une certaine liberté dans le choix des activités et la possibilité d’avoir toutes les salles de classes à disposition. Quant aux points négatifs, je retiens d’une part les caméras dans les salles de classes et d’autre part lorsque l’on fait quelque chose de “mal”, la direction/administration ne s’adresse pas directement à nous (volontaires) mais aux professeurs alors qu’eux “ n’y sont pour rien”. A cela je peux rajouter le manque de moyens matériels.

Est-ce que tu as l’impression de t’être adaptée au pays d’accueil, à la structure d’accueil ?
Tout à fait. Que ce soit pour le pays où la structure, je m’y sens bien. Et pour l’instant, il n’y a  pas un jour où je me sens en danger. Certes, je fais toujours attention mais je suis tranquille. Pour la structure, c’est un peu comme un lieu de travail “idéal” car tout le monde s’entraide avec les groupes et les activités à faire. Il y a une bonne ambiance et les élèves sont incroyables. Chaque jour, il y a plus de complicités qui s’installent avec eux.

Que souhaites-tu faire après cette mission ? Est-ce en lien avec cet engagement ?
Chaque voyage m’apprend un peu plus à savoir comment faire. Je dirais que j’ai appris à être plus rigoureuse dans l’organisation et je suis plus tranquille pour le futur. J’avais besoin de me vider la tête et de réfléchir à ce que j’allais faire plus tard seule, sans personne autour que je connaisse et qui me donne son avis. Le service civique à l’international me permet de confirmer ou non mes idées, pour le retour. Je voudrais devenir accompagnatrice touristique ce qui est en lien direct avec cet engagement. En effet, avant de partir je ne connaissais pas ma vocation. Or maintenant, après avoir été mise en situation de voyage et de devoir me débrouiller seule avec tout ce que cela implique, je sais que c’est ce que je veux faire.

 

Mathias Peiffer

Mathias nous fait partager spontanément son enthousiasme pour sa mission : « participer à ce service civique est pour moi un échange, je suis particulièrement enthousiaste à l’idée de m’impliquer dans ce projet qui, selon moi, est une cause juste. Je pense qu’en retour de mon implication dans cette mission, par ma volonté de m’imprégner d’une culture différente, d’apprendre une nouvelle langue et de faire quelque chose en accord avec ma personne, cela peut vraiment m’enrichir humainement et susciter chez moi une vocation ».

Peux-tu nous décrire concrètement les tâches que tu effectues, comment se déroule une journée type sur ton projet ?
J’assiste une professeure dans une classe de 20 élèves en situation de handicap, mon rôle est d’accompagner la professionnelle dans les différentes activités. Nous faisons de la thérapie occupationnelle, via des jeux, de la musique, du sport… Je sers également le repas aux jeunes le midi. Le public concerné est particulier, parfois les personnes en situation de handicap ont besoin de temps pour s’habituer et à accepter les autres personnes. Mais dans l’ensemble ça se passe bien.

Quelles compétences/connaissances sont exigées pour effectuer ces tâches ?
Clairement, je me suis vraiment préparé au pire, je me suis posé beaucoup de questions avant de partir, je n’étais pas vraiment sûr de moi. Mais finalement ça se passe bien. De plus j’ai eu une formation par Romans International en collaboration avec la mission locale d’Aubenas sur les relations interculturelles durant une semaine qui m’a vraiment beaucoup aidé. Je pense qu’il faut être très patient, calme, savoir parler un minimum l’espagnol et avoir de l’empathie pour comprendre ce que peuvent ressentir les élèves. Il est aussi nécessaire de connaître les différents handicaps auxquels nous sommes confrontés afin d’adopter le meilleur comportement en fonction de l’élève. Ce projet m’a permis de découvrir un pays, une culture, des personnes, un rythme de vie, un métier et surtout moi-même.

Est-ce que tu as l’impression de t’être adapté au pays d’accueil, à la structure d’accueil ?
Oui, le contact passe bien avec les élèves de l’école et en dehors du travail j’ai une vie sociale très remplie et très épanouissante.

Ton expérience de Service civique à l’international te permet-elle d'avoir un autre regard et une autre connaissance de toi-même (personnalité, capacités), de ton milieu (parents, amis, pays...) et du pays où tu vis actuellement ?
Oui, je ne me pensais pas capable de m’adapter aussi bien à un pays qui est totalement différent du mien. J’ai un peu plus confiance en moi. Je ne sais pas si mon regard a changé sur mes proches mais ce qui est sûr c’est que leur regard a changé sur ma personne. A défaut de réellement me renseigner sur ce que j’allais faire de mon avenir, la vie étudiante m’a renseigné sur ce que je ne voulais pas faire. La justice sociale est un principe qui me tient très à cœur, s’intéresser à l’humain et le bien vivre ensemble sont pour moi des idéaux à atteindre. Des principes et des idéaux que je ne retrouvais pas durant mes précédentes expériences professionnelles.

[Témoignage] Wilan et Nestor : deux guyanais en service civique international au Pérou

L'association guyanaise Peupl'en Harmonie, dans le cadre de son dispositif Volontariat, échanges et solidarité internationale (VESI) a permis à Wilan et Nestor de partir faire un volontariat de 6 mois au Pérou et a reçu le co-financement du projet expérimental de Service civique à l’international du Fonjep.  Les jeunes volontaires collaborent avec l'association péruvienne El Champal dans le domaine de l'agriculture écologique. Sur place, ils sont suivis par l’Espace Volontariats au Pérou de France Volontaires.

C’est une expérience qui leur permet de découvrir des méthodes agricoles innovantes mais aussi une culture différente et de développer des valeurs comme la solidarité et l'engagement citoyen. Originaires d'Iracoubo et de Camopi, Wilan et Nestor sont les premiers guyanais à partir en Amérique du Sud dans le cadre du Service Civique International. Peupl'en Harmonie, en tant qu'organisation d'envoi a également organisé une semaine de formation pour leur préparation au départ. Leur date de retour est prévue pour le 20 août 2019.  

Agé de 23 ans, Nestor a toujours aimé les activités autour de la nature et dispose d’un CAP en production agricole et utilisation de machine (PAUM) délivré par la MAISON FAMILIALE RURALE. De plus, il explique qu’il a «  appris depuis toujours à aimer et protéger la forêt en entretenant l’abattis. ».  La barrière de la langue a été la plus grande difficulté au début de sa mission car il ne maitrisait pas l'espagnol. Barrière qu’il a su dépasser en s’intégrant dans ce nouveau milieu.  Il souhaite s’engager dans l’armée dès son retour en Guyane.

Wilan, 20 ans, est également passionné par l’agriculture. Il est titulaire du baccalauréat économique et social au collège de Mana. Il s’engage pour «  s’entraider, donner un coup de main ». A travers cette expérience, il explique avoir trouvé sa vocation après de longues recherches infructueuses, il souhaite continuer à développer son savoir en agriculture. Cette expérience lui permet ainsi d’améliorer ses compétences professionnelles dans le domaine du tourisme et de l’agriculture qu’il  souhaite utiliser dès son retour en Guyane.